Fluctuat Nec Mergitur

Publié le 19 Novembre 2015

Le vendredi 13 novembre au soir, à Paris, plus de cent vingt vies, plus ou moins anonymes, ont été explosées par une poignée de fous fanatisés. Paris, pris dans les flots de la violence, n'a pas sombré.

Ces esprits dévoyés ont frappé comme en janvier. Au même endroit. Ils ont frappé Paris au coeur de son quartier le plus brassé. Ils ont frappé des symboles de la libre parole, Charlie Hebdo et le Bataclan. Ils ont frappé un Paris sans défense, fraternel, ouvert et joyeux. Ils ont frappé la France dans ce qu'elle a de plus universel.

Ils ont frappé sans vaincre. Des femmes et des hommes se sont montrés solidaires dans l'horreur, lucides devant le chaos, responsables devant la terreur. Dans le public, chez les passants, parmi les forces de l'ordre, dans les hôpitaux pourtant en grève et immédiatement mobilisés. Tous se sont dressés contre la barbarie, refusant son action et ses conséquences.

Les gestes de ces dévoyés nous appellent à résister.

Résister à la tentation de l'abattement.

Celui, celle qui sont morts, c'est ma sœur, mon voisin, c'est moi. Les fous ont tiré aveuglément : nous devons refuser la paralysie qu'ils nous inspirent.

Résister à la tentation du repli.

À l'envie de rentrer dans sa tanière pour ne plus sentir la peur. De rester chez soi par peur. Et de finir, enterré, par donner raison à ces esprits destructeurs.

Résister à la tentation de l'amalgame.

A la tentation du rejet brutal et sans discernement des ''forces du mal''. Il nous faut considérer la planète comme notre maison à tous. Pour sauver l'humanité.

Résister à la tentation de la haine.

L'unité qui se crée sur un bouc émissaire est une unité de manipulateurs. Sans avenir. Dangereuse parce qu'anthropologique et sans transcendance. La haine qu'une telle barbarie fait naître ne nous mènera qu'à des actes irraisonnés.

Résister en écoutant.

Les témoins, bien sûr. Les acteurs de terrain qui déminent les situations de conflit. Ceux qui connaissent par l'expérience personnelle en France comme dans les pays déchirés par le fanatisme les forces à l'oeuvre.

Résister en parlant.

En chantant. Des paroles s'élèvent, des chants vibrent. Reprenant des refrains populaires, des dessins célèbres, des citations symboliques. Ecrivons, chantons, parlons.

Résister en créant.

Les graphistes ont transformé la place de la République en dazibao de la fraternité, les chanteurs l'ont adopté comme scène de rue. Vivre nous appelle à créer, parce que la création est l'incarnation de la vie et de la liberté.

Résister en aimant.

Si nous oublions d'aimer, que restera-t-il de nos vies ? En semant la haine, les fauteurs de violence nous détournent de cette fraternité qui doit animer toute humanité et figure au fronton de notre République.

Résister en vivant.

En restant debout, tout simplement. En marchant dans la rue, en travaillant, en montrant que la vie ne s'est pas arrêtée. Que la mort n'a pas arrêté la vie. Vivre est subversif face aux prophètes de mort.

Christophe Montariol

16 novembre 2015

Merci à Jean Julien d'avoir résumé en un dessin simple le désir de paix de millions de personnes.

Merci à Jean Julien d'avoir résumé en un dessin simple le désir de paix de millions de personnes.

Rédigé par Christophe Montariol

Publié dans #Ecrits

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